N’êtes-vous pas saturés de constats stériles ?

Constater l’état d’une situation en relevant ses éléments constitutifs est certes indispensable, mais c’est insuffisant

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On dirait que personne n’est réellement intéressé par notre avenir commun. Tout le monde fait des constats, mais pour préparer la suite, il n’y a quasiment plus personne.

Constats et manifestants inutiles

Mais que se passe-t-il donc ?

Nous vivons une époque difficile. Mes lecteurs auront compris que la démocratie n’est qu’un mot. Qui plus est, c’est un mot vidé de son sens dans les discours démagogiques de « pourriticiens » avides de prébendes. On peut observer aujourd’hui que la tyrannie s’est durcie depuis quelques mois.

Pourtant, si l’on s’attarde quelque peu sur ce qui s’échange sur les réseaux sociaux en particulier, il n’est pas très difficile de se rendre compte que la très grande majorité n’a pas dépassé le stade du constat. Qu’en est-il des conclusions qu’il serait grand temps d’en tirer et surtout de la suite à donner ?

Les constats sont nécessaires …

Il est, bien entendu, indispensable de constater l’état d’une situation en relevant ses éléments constitutifs. Savoir de quel point de départ on doit démarrer semble une évidence. Beaucoup du reste font cela fort bien en montant des présentations fort complètes. Il est fort instructif de découvrir certains détails.

… mais insuffisants

S’en tenir à ces seuls constats n’aboutit le plus souvent qu’à exacerber les frustrations voire la colère. Ainsi, voici par exemple des mois que certains personnages publics dénoncent les exactions d’un gouvernement qui, il est vrai, outrepasse allègrement ses prérogatives. Ce faisant, ils poussent à la contestation, invitent à manifester. Pour quoi faire ? Là, c’est beaucoup plus flou. Lorsque ces personnes sont des élus ou des politiciens, on entend surtout une rhétorique électoraliste assortie de son florilège de promesses. Pour d’autres meneurs, c’est encore plus limité : il est généralement surtout question de virer les fautifs. On a, le plus souvent, qu’une idée générale de ce qui devra être fait par la suite. Ce ne sont que quelques grandes lignes sur lesquelles chacun peut à loisir broder selon ses propres souhaits.

De façon assez marginale, certains groupes se sont malgré tout créés et s’efforcent d’élaborer des programmes, d’avoir une réflexion construite. J’ai moi-même proposé un objectif, un sujet de débats pour préparer la suite. Pourtant, force m’est de constater que la très grande majorité, parmi ceux qui sont informés, s’en tiennent à une position attentiste. C’est plutôt déprimant.

On bouge ou on attend ?

Un des éléments que j’ai pu observer dans les réactions face à ceux qui tentent de faire bouger les choses, c’est l’apparition à peu près systématique d’individus spécialisés dans la démolition. On les qualifie couramment de trolls. Ils n’ont habituellement aucun argument construit et se limitent à dénigrer gratuitement et à tenter, autant que possible, de décourager toute initiative qui pourrait d’une manière ou d’une autre améliorer la situation. Il se cantonnent souvent dans les sophismes.

La réaction de beaucoup face à ces opérations, c’est au choix la fuite ou les discussions stériles et les invectives pas plus productives. À ce jour, je n’ai jamais vu personne réagir en organisant une défense contre des démolisseurs. Ils sont organisés : peut-être ne serait-il pas totalement idiot d’en faire autant. Nous pourrons alors plus efficacement leur opposer une résistance suffisamment forte pour les éjecter du paysage. Il s’agit de pouvoir avancer en bonne intelligence pour reconstruire notre avenir et non subir celui qu’une petite poignée de fous ont décidé pour nous.

Par où commence-t-on ?

Peut-être bien que l’on pourrait commencer par partager les idées des uns et des autres en pesant les éléments proposés, en complétant une base de réflexion commune à partir des bases individuelles.

Dans mon essai « Peut-on bâtir une démocratie ? », j’écrivais ceci à propos des débats, à commencer par une définition tirée d’un simple dictionnaire :

Examen d’un problème entraînant une discussion, parfois dirigée, entre personnes d’avis différents.

Construire un débat

Si l’on s’interroge sur ce qui constitue l’opinion de quelqu’un, on en arrive à ceci :

… il convient alors de considérer ce qui forme une opinion puisque celles des protagonistes sont différentes. Fondamentalement, selon l’origine du mot, débattre signifie discuter de « ce qu’il faut faire pour empêcher de se battre. », donc, trouver une solution qui efface, autant que possible, les divergences entre les protagonistes.

L’opinion de chacun se forge au fil des années. C’est d’abord avec l’éducation reçue des parents, puis avec l’instruction reçue à l’école, puis au collège, éventuellement plus tard au lycée, à l’université ou dans les grandes écoles, ce sont aussi les personnes rencontrées au fil du temps, les livres que l’on a lus, les voyages que l’on a pu faire. Ainsi, années après années, on construit ses opinions sur toutes sortes de sujets. Mais comme chaque individu a un parcours qui lui est propre, les opinions des uns et des autres sont très logiquement différentes, parfois sur des détails insignifiants, parfois de façon beaucoup plus radicale. Si l’on admet ce simple fait, alors on peut envisager qu’un débat ne doive pas consister à faire valoir sa propre opinion mais à comprendre sur quelle base chacun des interlocuteurs a basé la sienne. En effet, les opinions divergeant parce qu’étant construites sur des bases différentes, on ne peut arriver à des solutions convergentes qu’en complétant les connaissances des uns et des autres. Un individu aura des connaissances qu’un autre n’aura pas, et réciproquement. Lorsque l’on parle « d’élever le débat », il faut entendre que chacun va devoir apprendre des autres, compléter ses propres connaissances. Là encore, la logique pourra amener les uns ou les autres à réviser une position sur un point donné.

Ne pas s’en faire une montagne

Il faut arrêter de s’imaginer que rejoindre un groupe de réflexion imposera de devoir tout connaître et tout faire. Si l’on se regroupe, c’est précisément parce que personne ne peut faire quoi que ce soit tout seul. Si dès lors chacun apporte sa contribution, aussi petite soit-elle, alors on pourra avancer vers une solution commune acceptable. Au fil des discussions, on se rendra en outre compte des talents des uns et des autres. Nous devons garder à l’esprit que, selon les dispositions de chacun, les rôles se définiront alors progressivement.

Encore faudrait-il commencer. Encore faut-il se soucier du long terme et ne pas s’en tenir exclusivement à son propre avenir immédiat. À moins bien entendu que vous ne préfériez que la situation actuelle perdure. Mais à mon avis, si nous nous en tenons à cet attentisme résigné, la situation ne pourra qu’empirer. Et il est vain de se dire « On verra bien le moment venu » : pire ce sera, moins il sera possible de réagir. La suite est donc entre nos mains, les miennes comme les vôtres.

Un outil de travail

Il y a un peu plus d’un an, j’ai proposé dans ces pages de construire un outil de travail pour gérer efficacement les débats pour assemblées citoyennes. À cette fin, j’ai lancé un document pour définir le périmètre fonctionnel de cet outil. Mais, par définition, cet outil ne pourra être élaboré que collectivement, ce qui veut dire que votre participation sera tout aussi bienvenue, même si vos contributions sont limitées. Si nous sommes assez nombreux à apporter notre pierre à l’édifice, nous pourrons envisager un avenir commun dont nous pourrons être fiers.

Nos adversaires sont malfaisants, mais ils sont également très organisés. Ce n’est pas en brandissant des pancartes que nous avancerons efficacement : ils s’en moquent. Sans un programme que nous aurons préalablement élaboré pour les remplacer, nous heurterons un mur.

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